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Mardi 13 septembre 2005 -  Palais des Congr�s de Lyon - Cit� Internationale - Hotel Hilton 2
Le martyre chr�tien au XX�me si�cle : un testament de foi et d�unit�

 

Matthias Leineweber
Communaut� de Sant�Egidio, Allemagne

Monsieur le Pr�sident, Eminence, Excellence, chers amis,

C�est un honneur pour moi d�apporter mon humble t�moignage sur les nouveaux martyrs et les t�moins de la foi � cette table ronde. Je reviens de la grande rencontre des Journ�es mondiales de la jeunesse � Cologne entre les jeunes et le Pape Beno�t XVI, � laquelle la Communaut� de Sant�Egidio a particip�. Pendant les journ�es de Cologne, nous avons anim� un des � centres spirituels �, dans l��glise de Sainte Ursule, une belle �glise romane, situ�e � quelques pas de la cath�drale et d�di�e � la m�moire des t�moins de la foi du vingti�me si�cle. C�est un th�me cher � Sant�Egidio depuis de nombreuses ann�es. Depuis le jubil�e de l�an 2000, la communaut� cultive la m�moire des martyrs � Rome dans la basilique de San Bartolomeo sur l��le tib�rine, que le Pape Jean-Paul II a voulu nous confier.

En pr�parant la rencontre avec les jeunes venus du monde entier � Cologne, je me demandais si le th�me des t�moins de la foi aurait suscit� de l�int�r�t chez les jeunes � une �poque o� on exalte la culture des sens, l�assouvissement des d�sirs et le culte du corps ? Ce th�me ne semble pas r�pondre � la sensibilit� commune au d�but du troisi�me mill�naire. L�histoire du christianisme au vingti�me si�cle est une histoire riche et profonde qui nous parle encore et, j�en suis convaincu, qui parle aux jeunes. Nous l�avons vu durant les journ�es de Cologne, o� des milliers de jeunes ont particip� aux moments de pri�re � Sainte Ursule et ont �cout� dans un grand recueillement les t�moignages sur les martyrs des divers continents. A l�occasion de l�ann�e jubilaire, Andrea Riccardi a publi� � Ils sont morts pour leur foi �, un ouvrage �labor� � partir de documents authentiques sur la vie des martyrs dans le monde entier. L�auteur parle du christianisme du si�cle pass� en ces termes: � C�est une fresque qui d�peint des gens humbles, non-violents, pers�cut�s, qui sont mis � mort en tant que parce chr�tiens. Il s�agit ind�niablement d�un monde de faibles et de vaincus. L�histoire de leur assassinat est celle de leur faiblesse et de leur d�faite. Pourtant, m�me dans cette condition de grande faiblesse, ces chr�tiens ont fait preuve d�une force particuli�re de nature spirituelle et morale: ils n�ont pas renonc� � la foi, � leurs convictions, au service des autres et � celui de l�Eglise, pour se prot�ger et sauver leur vie �.

La m�moire des t�moins de la foi n�appartient pas uniquement au pass� ; elle a beaucoup � enseigner aux chr�tiens d�aujourd�hui qui vivent dans un monde globalis� et complexe. De tristes nouvelles continuent � nous parvenir ; en 2003 celle de l�assassinat du Michael Aidan Courtney, nonce au Burundi qui s��tait beaucoup engag� pour la paix dans ce pays d�Afrique secou� par un terrible conflit ethnique ; en juillet dernier l�assassinat du P�re Paulo Enrique Machado, �g� de 36 ans, � Rio de Janeiro, tu� probablement parce qu�il avait aid� la famille d�une victime d�un massacre perp�tr� le 31 mars.

Les martyrs sont des hommes et des femmes qui sont rest�s fermement attach�s � leur foi et dont le comportement s�est toujours inspir� de l�Evangile ; ils ont t�moign� l�Evangile et un amour sans limite jailli de la foi au prix de leur vie. C�est en cela qu�ils nous enseignent un humanisme doux et non violent, qui est en m�me temps fort et constructif. Ils parlent d�une paix int�rieure que Martin Luther King a d�crite en 1960 en ces termes : � Au milieu des p�rils qui m�entourent, j�ai �prouv� la paix int�rieure et j�ai trouv� des ressources de force que Dieu seul peut donner. Bien souvent, j�ai senti la force de Dieu transformer l��puisement du d�sespoir en joie de l�esp�rance �.

Il vaut donc la peine de recueillir ce t�moignage, afin de trouver le chemin d�un humanisme pour ce nouveau mill�naire qui s�inspire de l�amour et de la foi. Je le pense et j�en suis encore plus convaincu en voyant notre monde d�aujourd�hui, marqu� par les divisions et les conflits, par le grave risque du terrorisme et de la guerre, qui s�vissent dans trop de r�gions de notre plan�te. On doit se poser la question : Comment �tre humain dans un monde souvent inhumain ? Cette inhumanit� se rencontre aussi dans nos soci�t�s riches, mais souvent inhospitali�res pour les pauvres, les faibles, les �trangers ; un monde qui ne sait pas �tre proche de ceux qui sont dans le besoin, comme les personnes �g�es ou les personnes handicap�es, et qui promulgue de nouvelles lois pour �liminer la vie des plus faibles.

Je viens d�Allemagne, un pays situ� au centre de l�Europe, qui a v�cu au si�cle dernier des ann�es dramatiques sous les dictatures nazie et communiste, et qui, surtout, a �t� le th��tre de la Shoah. Il y a quelques jours, � la synagogue de Cologne, le Pape Beno�t XVI a parl� du � temps le plus obscur de l�histoire d�Allemagne et d�Europe �. C�est vrai, cela fut le temps le plus obscur de l�histoire d�Europe, mais on y a vu aussi la lumi�re de l�Evangile qu�ont fait resplendir les t�moins de toutes les Eglises chr�tiennes dans de nombreux pays dans les lieux de mort, comme les camps de concentration ou les prisons.

Au milieu des pers�cutions, les martyrs ont v�cu aussi une grande exp�rience d��cum�nisme. Le 21 janvier 1945, le p�re Giuseppe Girotti, un dominicain italien mort � Dachau, a tenu dans le camp une m�ditation au terme de la semaine de pri�re pour l�unit� des chr�tiens. Il a dit : �Il n��chappe � personne que l�unit� de toutes les Eglises et communaut�s est indispensable de nos jours [�]. L�Eglise fut, est et sera toujours le seul refuge du sentiment d�humanit�, d�amour et de mis�ricorde ; le refuge de la v�rit�, des principes de la raison droite, de la civilisation et de la culture [�]. Or, en ce grave moment de l�histoire, cette extraordinaire mission de l�Eglise, mes bien chers fr�res, ne saurait �tre parfaitement men�e � bien si les fid�les du Christ, unis dans l��me de l�Eglise [�] restent au contraire s�par�s dans son corps visible par les schismes et les divisions �. Son t�moignage fort, dans cette situation de faiblesse, a donn� du courage aux autres, quelle que soit leur confession.

Au camp de Buchenwald, le t�moignage du pasteur �vang�lique Paul Schneider fut impressionnant. Dans ce camp de concentration, il fut soumis � des s�vices et � des tortures pour avoir refus� de rendre hommage � la croix gamm�e et � Hitler. Dans le bunker o� il �tait enferm�, son �uvre de pr�dication, d�nonciation des crimes et r�confort des autres d�tenus ne cessa jamais. Un compagnon de d�tention t�moigne : � Dans le bunker o� se trouvaient les cellules d�isolement sans lumi�re, je connus le pasteur Schneider ; sa cellule �tait � c�t� de la mienne. Tous les matins, il disait pour nous, les prisonniers, une pri�re matinale, et pour cela, il �tait chaque fois tabass� ou tortur� �. Un ancien d�tenu, d�cid� � se jeter contre la cl�ture de fils barbel�s �lectrifi�s, a racont� qu�il y avait renonc� gr�ce au cri du pasteur Schneider. Il dit, en parlant de Schneider : � Pendant l�appel sur l�esplanade du camp, en ce lieu d�horreur et de d�sespoir, on entendait r�sonner, sur l�esplanade o� les vingt mille prisonniers �taient align�s, une voix forte et claire. Cette voix provenait de la meurtri�re d�une cellule du bunker : � J�sus Christ dit : �Je suis la lumi�re du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les t�n�bres�. Par ce cri, il m�a sauv�. Car � partir de ce moment-l�, j�ai su qu�il y avait quelqu�un � mes cot�s �.

Parmi les martyrs du nazisme, il y a aussi de nombreux Fran�ais, comme ces pr�tres qui ont �t� envoy�s dans le Reich avec la � charge secr�te de la pastorale �. Cette � r�sistance spirituelle � �tait connue de la Gestapo, et aux termes du d�cret de pers�cution du 3 d�cembre 1943, ils furent emprisonn�s dans diff�rentes villes d�Allemagne et envoy�s dans les camps de concentration. En 1944 et 1945, cinquante-et-un pr�tres, scouts et membres de la jeunesse ouvri�re chr�tienne furent assassin�s. Parmi eux se trouvaient les bienheureux Marcel Gallo et Gaston Raoult.

A Lyon, le p�re Chaillet avait cr�� un vaste r�seau d�aide aux victimes des nazis. Au sein de l�association Amiti� Chr�tienne, catholiques et protestants aidaient les Juifs et les pers�cut�s. Elisabeth de l�Eucharistie (Elise Rivet) faisait partie de ce r�seau de sauvetage des juifs. C��tait la sup�rieure de la Congr�gation de Notre Dame de la Compassion de Lyon, qui accueillait des enfants juifs. Le 25 mars 1943, elle fut arr�t�e par la Gestapo et envoy�e au camp de Ravensbr�ck ; le Vendredi Saint de l�ann�e 1945, elle p�rit dans une chambre � gaz. D�apr�s diff�rents t�moignages, lors d�une � s�lection �, elle s��tait jointe volontairement � ses compagnes vou�es � la mort pour les r�conforter, sans avoir �t� d�sign�e.

Les t�moins de la foi ont r�sist� au racisme et � la propagande pa�enne par leur parole et leurs gestes d�amour. Les pr�dications contre l�euthanasie de Mgr von Gallen, �v�que de Munster, sont bien connues, et on a calcul� que 275.000 malades mentaux ont ainsi �t� extermin�s. Dans sa pr�dication du 3 aout 1941, dans l��glise Saint-Lambert � Munster, un discours qui eut un large �cho dans tout le pays, von Gallen disait : � Il s�agit ici d��tres humains, de nos semblables, nos fr�res et nos s�urs. Des pauvres gens, des gens malades, des gens pour moi improductifs ! Mais ont-ils pour autant perdu le droit a la vie? N�as-tu, n�ai-je le droit de vivre qu�aussi longtemps que je suis productif, que je suis consid�r� comme productif par les autres ? Si on �tablit et applique le principe selon lequel il est licite de tuer les personnes �improductives�, alors gare � nous tous quand nous serons vieux et affaiblis par les maux de la vieillesse ! [�] Alors personne ne serait plus assur� de sa propre vie. Une commission quelconque pourrait inclure son nom sur la liste des �improductifs� au cas o�, aux yeux de ses membres, le sujet serait � consid�rer comme �indigne de vivre� parce que sans valeur �.

Enfin, je voudrais conclure en disant que le t�moignage des martyrs et des t�moins de la foi du XXe si�cle demeure tr�s actuel. Les pers�cutions, les menaces contre la vie, la deshumanisation du monde, n�ont pas pris fin avec la fin du nazisme et des r�gimes totalitaires. C�est pourquoi leur t�moignage m�rite d��tre �cout� avec attention. Ils ont men� leur combat avec les armes de la foi : la parole, l�amour, la non violence, et en r�pondant au mal par le bien.

Le t�moignage et le martyr chr�tiens n�ont rien de commun avec l�int�grisme religieux, avec le fanatisme qui nie la libert�, transforme la religion en une id�ologie, et encourage l�intol�rance envers les autres et envers les non-croyants. Si la religion n�est pas impr�gn�e de foi et d�amour, elle tend � se transformer en id�ologie. Le t�moin de la foi imite toujours l�amour du Christ, qui s�applique �galement aux ennemis, comme J�sus lui-m�me l�a t�moign� sur la croix. Les martyrs parlent de l�amour, et donc aussi de l�amour entre chr�tiens. Certes, le chr�tien a une identit� forte, mais il n�est pas prisonnier de son identit�. Son identit� est ouverte et s�enrichit � travers le dialogue et la communion avec l�autre. Les t�moins peuvent nous aider � �tre des chr�tiens forts dans la foi et dans l�amour de l�autre.

TRADUZIONE DALL'ITALIANO

Copyright � 2005 - Comunit� di Sant'Egidio