Remerciements liminaires
Avant d�entrer dans le vif du sujet, je voudrai vivement remercier la communaut� Sant�Egidio de m�avoir invit�e une nouvelle fois � ces rencontres internationales et, particuli�rement, de me permettre de participer aujourd�hui � cette table ronde sur la peine de mort. En effet, avec Sant�Egidio et d�autres organisations, la FIACAT lutte inlassablement pour que soit universellement proclam�e l�abolition de la peine de mort. Et c�est la qualit� de cet engagement de Sant�Egidio pour la d�fense de la vie de tout �tre humain - quelle que soit la gravit� des actions qu�il a pu commettre - que je tiens � saluer ici car, � la FIACAT et dans le r�seau des ACAT nationales � travers le monde, c�est une conviction forte que nous partageons.
Que sont les ACAT et la FIACAT ?
L�ACAT, l�Action des Chr�tiens pour l�Abolition de la Torture, a �t� fond�e en France en 1974 pour combattre la torture et les ex�cutions capitales et soutenir ceux qui en sont victimes (tortur�s, prisonniers, condamn�s � mort, disparus�), quels que soient leur nationalit�, leur sexe, leurs opinions politiques, leurs croyances religieuses�
D�s l�origine, l�ACAT a choisi de travailler dans un cadre compl�tement �cum�nique : elle rassemble des chr�tiens de toutes confesssions (catholiques, othodoxes, protestants�) qui coop�rent ensemble dans le combat contre la torture et les ex�cutions capitales et qui entendent faire respecter le droit � la vie et la prohibition absolue de la torture proclam�s par les articles 3 et 5 de la D�claration universelle des droits de l�homme.
Les ACAT, comme la FIACAT , sont ind�pendantes de toutes structures institutionnelles des Eglises - m�me si elles entretiennent d�excellents rapports avec elles � et de tout groupe politique, id�ologique ou �conomique.
Oeuvrant dans une perspective chr�tienne, les ACAT croient que la pri�re est centrale pour leur action. Elle est au c�ur de leur action. Elle est action.
La F�d�ration internationale de l�ACAT, la FIACAT, que j�ai l�honneur de pr�sider, a �t� cr��e en 1987 et r�unit des organisations nationales, les ACAT, qui se trouvent sur 4 continents (Afrique, Am�rique, Asie et Europe). Elle anime ce r�seau en encourageant les �changes entre associations et organise des actions communes et des formations r�gionales et internationales. La FIACAT repr�sente les ACAT aupr�s des repr�sentations internationales et r�gionales des Eglises (Saint Si�ge, COE, CCEE, COMECE, KEK�), des organisations internationales et r�gionales (ONU, Union europ�enne, Conseil de l�Europe, Commission africaine des droits de l�homme et des peuples), des coalitions internationales d�ONG.
INTRODUCTION
Dans sa cellule de la prison de Birmingham en Alabama, Martin Luther King �crivait : � Toute injustice, o� qu'elle se produise dans le monde, est une menace pour la justice partout ailleurs. Nous sommes pris dans un r�seau de r�ciprocit� auquel nous ne pouvons �chapper, tous li�s par une destin�e commune. Ce qui touche directement l'un de nous, nous touche tous indirectement. � La peine de mort subie par un seul d�entre nous est l�une de ces injustices qui nous touche tous.
Depuis la nuit des temps, le ch�timent supr�me est la peine de mort. La r�pression est pass�e progressivement d�un r�flexe de vengeance � une organisation rationnelle et scientifique de la sanction. Ce cheminement s�est poursuivi avec un effort continu pour ne plus incriminer que les actes portant une atteinte intol�rable aux valeurs morales et sociales reconnues par la soci�t�.
Tout au long de ce combat, le politique et le religieux furent intimement li�s. Pendant des si�cles, les chr�tiens ont eu recours � la peine de mort et l�ont justifi�e. Aujourd�hui, dans leur grande majorit�, les Eglises, les chr�tiens sont contre la peine de mort et souvent tr�s actifs dans le combat pour son abolition. Il y a donc eu une grande �volution de la doctrine des Eglises qui va de la l�gitimation de la peine de mort � sa condamnation.
Partisans et adversaires de la peine capitale se d�partagent par leur conception du r�le de la peine dans la soci�t� :
- pour les premiers, cette peine sert uniquement � sauvegarder l�ordre juridique et � maintenir l�ordre moral de la soci�t� ;
- pour les seconds, l�une des fonctions attribu�e � toute peine �tant l�amendement du criminel, la peine de mort appara�t comme absurde puisque l�ex�cution de la sentence ne permet pas � la personne de se corriger et l�exclut de fa�on d�finitive de la soci�t�.
Pourquoi la FIACAT et le r�seau des ACAT luttent-ils pour parvenir � l�abolition universelle de la peine de mort ?
La peine de mort est une aberration. Elle est inhumaine. Elle est d�gradante. Elle proc�de de la vengeance et non de la pr�vention. Elle tue et ne gu�rit pas. La peine de mort n'a pas d'effet dissuasif. Elle perp�tue la violence. Elle ne rend pas la justice, elle la d�nie. La peine de mort constitue une violation brutale, absolue et irr�versible des droits de l'homme.
La peine de mort nie le plus fondamental des droits humains, le droit � la vie, proclam� par l�article 3 de la D�claration universelle des droits de l�homme. C�est un ch�timent inhumain et cruel qui porte atteinte de fa�on inacceptable aux droits fondamentaux et � la dignit� humaine, et que son caract�re l�gal rend encore plus intol�rable. Or, l�article 5 de la D�claration universelle des droits de l�homme comme la Convention contre la torture de 1984 interdisent la torture et les traitements cruels, inhumains ou d�gradants. Ainsi, pour respecter le droit � la vie, la peine de mort devrait �tre partout abolie. Il est inadmissible que la justice ait encore, dans certains pays, le droit de tuer et de porter atteinte � l'int�grit� physique et morale de l'individu jusqu'� lui �ter la vie.
Pour nous, chr�tiens, comme pour tout croyant, la vie est un don de Dieu. L�homme a �t� cr�� � l�image de Dieu. La dignit� de la personne est au c�ur de nos convictions. A l'image de Dieu, son cr�ateur, un �tre humain a droit au respect de sa vie et de son int�grit�, physique et psychique.
Un condamn� � mort, c'est, d'abord, un �tre en souffrance. Certes, personne ne l'oublie, ce peut �tre un meurtrier..., coupable, jug� et condamn� l�galement. Ce n'est pas, g�n�ralement, un innocent. Mais un contact, m�me r�duit � un �change de lettres, permet � la personne d'exprimer qui elle est, quelle a �t� son �ducation, bref son histoire. L'Evangile emploie le mot de � visite � : � j'�tais prisonnier et vous m'avez rendu visite. �
Chez tout homme cr�� par Dieu il y a toujours la possibilit� d'un renouveau, d'une ouverture � l'Esprit dans l'amour infini du P�re. Ce n'est pas la mort du criminel qui va apaiser la douleur de ceux qui ont perdu brutalement l'un des leurs. Personne, individu, groupe, �tat, nation, n'a le droit de d�truire cette vie, comme le rappellent aussi bien l�Ancien Testament que le Nouveau Testament .
Dans l'humanisation de nos soci�t�s, les Eglises ont une mission et un r�le de premier plan. La parole attendue des Eglises n'est pas un discours de conformit� aux pratiques encore en cours dans certains �tats, mais l'annonce novatrice � d'une culture de vie. �.
C�est la raison pour laquelle tout chr�tien devrait �tre contre la peine de mort . C�est la raison pour laquelle la FIACAT et l�ensemble du r�seau des ACAT luttent depuis de nombreuses ann�es contre la peine de mort, sentence l�galement prononc�e, mais aussi contre les ex�cutions extra-judiciaires, pratiqu�es en dehors de toute l�galit�.
Les raisons d�agir des chr�tiens pour l�abolition de la peine de mort peuvent se pr�senter ainsi :
- la dignit� de l��tre humain : la raison fondamentale d�une action pour l�abolition de la peine capitale et, plus largement, des sanctions d�gradantes,�, est la r�v�lation de la dignit� de l��tre humain : il est � l�image et � la ressemblance de Dieu. La d�ch�ance d�une personne, qui oblit�re cette image, ne l�efface pas. � Nul homme, pris � part, ne peut �tre une incarnation et une personnification du mal. Chacun n�est porteur que d�une parcelle du mal, ce qui fait qu�il est impossible de porter un jugement d�finitif sur qui que ce soit, et c�est ce qui pose les limites au principe du ch�timent. Un homme peut bien commettre un crime, mais l�homme, en tant que personne compl�te, ne peut �tre un criminel, et on ne doit pas le traiter comme une incarnation du crime : il reste une personne, il porte en lui l�image de Dieu � ;
- le respect de la vie humaine : � Tu ne tueras pas. � Appel ou commandement, inscrit dans la Loi donn�e par Dieu � Mo�se, cet interdit retentit comme un imp�ratif dans la conscience de l�humanit�. Il indique un sens. Il ouvre une perpective. Il trace un chemin de progr�s pour l�humanit�. Il s�inscrit dans une proposition globale : un choix entre la vie et la mort. Cependant, la loi mosa�que comporte des pr�ceptes qui semblent nuancer le caract�re absolu du commandement divin : il y a des cas o� le ch�timent inflig� au coupable est la mort. La loi du talion � Oeil pour �il �, m�me si elle a pu repr�senter � une certaine �poque un progr�s sur d�autres pratiques de vengeance, est sans ambigu�t� : � Tu paieras vie pour vie � . Tout en affirmant qu�il ne changerait pas � un iota � � la loi donn�e � Mo�se , J�sus relativise la port�e de certaines prescriptions en soulignant qu�elles trouvent parfois leur origine dans la � duret� de c�ur � du peuple �lu . De m�me, sans se prononcer explicitement sur une abrogation des articles de la Loi concernant la peine de mort, J�sus ouvre une perspective nouvelle en parlant de l�amour du prochain, de la non-violence, de la r�conciliation et du pardon. En insistant sur le respect de la vie terrestre, d�aucuns se demandent si l�on ne minimise pas la vie �ternelle � laquelle nous sommes appel�s. Certes, valoriser la vie terrestre d�une fa�on exclusive et s�par�e, au d�triment de la promesse de la vie �ternelle faite par Dieu aux croyants sous l�ancienne et la nouvelle Alliance, constituerait une d�naturation de la foi ch�tienne. Mais il y a maldonne si l�on oppose la phase terrestre de la vie et son accomplissement en Dieu. Dieu aime le monde qu�il a cr��. Son dessein, est que les hommes le rencontrent d�s ce monde et dans ce monde. C�est parce que telle est l�esp�rance chr�tienne que nous voulons voir dans ces ann�es accord�es � ceux-l� m�mes qu�on voulait supprimer, une chance de plus pour eux de cro�tre dans la lumi�re de Dieu ;
- la � capacit� de conversion � de tout �tre humain : un �tre humain n�est aucunement r�ductible � un ou plusieurs de ses actes ; il n�est pas enferm� dans ce qu�il a fait ou dans ce qu�il a pu �tre. Celui que l�on a d�cid� de tuer maintenant n�est pas exactement le m�me que celui qui, nagu�re, a tu�. Cette confiance en l�aptitude de de tout homme � se relever et � changer de vie est omnipr�sente dans l��criture. Dieu ne d�sesp�re pas de l�homme et lui donne toujours une nouvelle chance. C�est pourquoi, � l�heure du choix entre la sanction d�finitive et impitoyable d�une part et l�amour empli d�esp�rance, le Christ privil�gie toujours le second, avec les risques que comporte toute marque de confiance en l�homme. L�expression � Moi non plus je ne te condamne pas, va et d�sormais ne p�che plus � symbolise parfaitement la mani�re dont J�sus regarde le devenir de l��tre humain ;
- la mis�ricorde de Dieu � l��uvre dans l�Histoire : la lecture de la Bible d�voile deux traits du visage de Dieu : la justice et la mis�ricorde. La justice est exprim�e dans la Loi et les institutions qu�elle �tablit ; elle est annonc�e par les proph�tes ; elle est reconnue dans les r�flexions des Sages et dans la pri�re des psaumes. La mis�ricorde � attitude d�ouverture de c�ur � l��gard de la fragilit� de l�homme - appara�t quand le peuple reconna�t sa faute ou son p�ch� : Dieu prend piti� et pardonne. Ce n�est pas l�, de sa part, complaisance, faiblesse ou d�mission. L�attitude mis�ricordieuse de Dieu repose sur l�aveu du coupable qui reconna�t son infid�lit� � l�Alliance. La mis�ricorde ne va pas sans sanction. A ce sujet, l�histoire de Ca�n est un symbole de la conduite de Dieu : Ca�n n��chappe pas � la question de sa responsabilit� (� Qu�as-tu fait de ton fr�re ? �), il est l�objet d�une mal�diction mais il n�est pas condamn� � mort, il est m�me prot�g� par un signe pos� sur son front. Il est mis � m�me de refaire sa vie, en se mariant, en donnant naissance � un fils et en participant � la construction d�une ville . Un texte du proph�te Ez�chiel exprime bien l�attente de Dieu : � Par ma vie - oracle du Seigneur Dieu - est-ce que je prends plaisir � la mort du m�chant ? Bien plut�t � ce que le m�chant change de conduite et qu�il vive � . L�action et les paroles de J�sus traduisent pleinement cette attitude mis�ricordieuse . Si la mis�ricorde divine n�est sans doute pas directement transposable en termes de droit, elle peut cependant inspirer juristes, hommes politiques et autres acteurs sociaux dans leur recherche de pratiques et de lois justes.
Comment agir pour parvenir � l�abolition universelle de la peine de mort ?
Ensemble, avec Sant�Egidio et d�autres organisations non-gouvernementales (ONG), des associations de professionnels du droit, des syndicats, des collectivit�s territoriales, nous avons fond� en mai 2002, � Rome, la Coalition Mondiale contre la Peine de Mort pour acc�l�rer le mouvement international d�abolition de la peine capitale et contribuer partout o� la peine de mort est en vigueur � la r�duction et, mieux encore, � la suppression d�finitive des condamnations � mort et des ex�cutions.
Pour cela, la Coalition milite pour que :
- les Etats ratifient les conventions et trait�s internationaux et r�gionaux en faveur de l�abolition ;
- les pays, qui n�ex�cutent plus de condamn�s � mort, suppriment enfin de leur l�gislation la peine de mort ;
- les Etats, qui condamnent � mort des personnes mineures au moment des faits, mettent fin � cette violation flagrante du droit international ;
- les d�ficients mentaux ne puisssent �tre condamn�s � mort ;
- aucun Etat ayant aboli ou ne pratiquant plus la peine de mort ne proc�de � des extraditions vers des pays appliquant la peine de mort, d�s lors que celle-ci est encourue et ce, quelles que soient les assurances re�ues ;
- soient d�nonc�es les discriminations raciales, sexuelles, �conomiques et sociales � l��uvre dans le prononc� et l�ex�cution des peines de mort ainsi que l�extension des cas d�application de la peine capitale
- les Etats publient de mani�re r�guli�re et transparente des informations sur les condamnations � mort, les conditions de d�tention et les ex�cutions de condamn�s ;
- les Etats d�veloppent des m�canismes de prise en charge des victimes ;
- soit d�velopp�e une r�flexion approfondie sur les peines pr�vues pour les crimes les plus graves, dans le but de sanctionner le criminel tout en travaillant � sa r�habilitation.
A cette fin, la Coalition essaie de :
- faciliter la constitution de coalitions nationales contre la peine de mort ;
- mobiliser des parlementaires et des groupes professionnels (professions juridiques, �tudiants) ;
- mener des actions internationales de lobbying aupr�s des organisations internationales et des Etats : ainsi, depuis 2002, la Coalition coordonne les efforts de lobbying aupr�s de la Commission des droits de l�homme des Nations Unies � Gen�ve et a appuy� depuis 2003 les efforts de l�Union Europ�enne en vue d�encourager plus d'�tats � soutenir et � voter la r�solution qui y condamne la peine de mort. ;
- organiser des �v�nements de port�e internationale :
� la Coalition a instaur� le 10 octobre comme Journ�e mondiale contre la peine de mort et encourage � cette occasion les initiatives locales un peu partout dans le monde. La Journ�e est officiellement soutenue par un certain nombre d�Etats (parmi lesquels on compte notamment le Canada, la France, l�Italie, le Mexique, la Belgique) et des institutions internationales (le Commission Africaine des Droits de l�Homme et des Peuples et l'Union Europ�enne ;
� elle soutient enfin et relaie les actions de port�e internationale men�es par ses membres: Cities against death the penalty, mouvement des cit�s contre la peine capitale lanc� par Sant� Egidio en illuminant le 30 novembre de chaque ann�e des monuments symboliques qui relie d�j� 130 villes dans le monde dont 14 capitales, la campagne d�Amnesty International contre la peine de mort en Afrique de l�Ouest, le deuxi�me Congr�s mondial contre la peine de mort, organis� par ECPM et Penal Reform International (PRI) du 6 au 9 octobre 2004 � Montr�al et qui a r�uni environ 1 000 participants abolitionnistes de nombreux pays�
A la FIACAT, nous avons aussi voulu prendre en compte le r�le important jou� par les organisations confessionnelles et religieuses, notamment les Eglises, dans le combat pour l�abolition de la peine de mort :
- � l��chelon international, r�gional et national, en incitant les responsables de ces organisations et des Eglises � faire des d�clarations condamnant la peine de mort et en faisant conna�tre ces positions. En particulier, il s�agit d�appeler les Eglises et les chr�tiens � condamner officiellement et publiquement le recours � la peine de mort et � prier pour les condamn�s � mort, et notamment :
� de saluer les prises de position des Eglises se pronon�ant contre la peine de mort (d�claration de l�Alliance R�form�e Mondiale de 1998, d�claration du Conseil �cum�nique des Eglises de 1990, interventions de 1998 et 1999 du pape Jean Paul II en faveur de condamn�s � mort , discours du cardinal Martino de 1997 et 1999 , memorandum pr�sent� devant la Cour Supr�me des Etats-Unis en juillet 2004 par certaines Eglises am�ricaines et des organisations d�autres religions se pronon�ant contre la peine de mort � l�encontre des mineurs�) ;
� d�inciter l�Eglise catholique romaine � reformuler le texte du Cat�chisme universel concernant la peine de mort pour le mettre en conformit� avec les d�clarations du Pape Jean Paul II et de certains hauts dignitaires du Saint Si�ge ;
� d�encourager les Eglises orthodoxes � prendre publiquement position contre la peine de mort ;
� d�appeler certaines Eglises protestantes � cesser de l�gitimer le recours � la peine de mort ;
- � l��chelon local, en diffusant du mat�riel de sensibilisation pouvant �tre utilis� par les Eglises, les congr�gations religieuses et les organisations confessionnelles et en faisant conna�tre des possibilit�s d�action (p�tition, correspondance avec des condamn�s � mort�). Chaque ann�e, pour la journ�e mondiale contre la peine de mort, le 10 octobre, la FIACAT et les ACAT demandent � des pr�tres et pasteurs de r�aliser des hom�lies faisant le lien entre les textes liturgiques du 10 octobre et la question de la peine de mort. Ces hom�lies, ainsi que des pri�res, sont ensuite diffus�es et peuvent �tre utilis�es pour des c�l�brations �cum�niques.
L�abolition de la peine de mort n�est pas une utopie
En 1977, 16 pays seulement avaient aboli la peine de mort pour tous les crimes, alors qu�ils sont aujourd'hui 77. Aujourd�hui, 116 pays sont donc abolitionnistes en droit ou en pratique :
- 77 pays ont aboli la peine capitale pour tous les crimes ;
- 15 pays l�ont abolie pour les crimes de droits communs ;
- 24 sont abolitionnistes en pratique (pas d�ex�cution depuis 10 ans et plus) ;
- 78 pays (parmi lesquels la Chine, les Etats-Unis, l�Arabie Saoudite, l�Iran, Singapour, le Guatamala et Cuba) maintiennent encore la peine de mort.
La majorit� des pays du monde a donc aboli la peine capitale ou renonc� depuis plus de 10 ans � proc�der � des ex�cutions. Ann�e apr�s ann�e, de moins en moins de pays ex�cutent donc des d�tenus.
Ceci �tant, on ne peut que s�inqui�ter devant la reprise, durant la seule ann�e 2004, des ex�cutions au Liban, au Tchad, en Indon�sie, en Inde et du r�tablissement de la peine capitale en Afghanistan et en Irak. Alors que les juridictions p�nales internationales � singuli�rement la Cour p�nale internationale - jugent les crimes les plus graves en excluant la peine de mort, alors qu�espagnols et turcs, frapp�s par des attentats meurtriers, n�ont pas envisag� le r�tablissement de la peine de mort, force est de constater que la lutte antiterroriste, pour n�cessaire qu'elle soit, s'accompagne d'un recours accru � la peine capitale (en Indon�sie, au Maroc, aux Etats-Unis par exemple). De surcro�t, certains des Etats les plus puissants de la plan�te pratiquent encore la peine de mort de facto ou de jure.
Mais il y a maintenant un mouvement universel qui lutte contre la peine de mort et fait campagne pour parvenir � un moratoire avant d�atteindre l�abolition elle-m�me. La FIACAT et le r�seau des ACAT � travers 4 continents font partie de ce mouvement abolitionniste. Et, m�me si les ACAT sont issues de cultures tr�s diff�rentes, elles partagent la m�me conviction, celle qu�un �tre humain ne peut d�cider � m�me l�galement � quand un autre �tre humain mourra. Personne n�a le droit de d�cider quand un homme � ou une femme - doit vivre ou mourir.
A l�initiative de la communaut� de Sant�Egidio, la campagne pour l�appel � un moratoire sur la peine de mort au niveau international est un exemple tout � fait remarquable de ce mouvement abolitionniste universel que les religions doivent encourager et accompagner. Soutenue par l�archev�que anglican Carey, l��glise luth�rienne su�doise, les �glises �vang�liques de Bavi�re et de Saxe, le Conseil m�thodiste mondial, de nombreux cardinaux et �v�ques catholiques, relay�e par de nombreuses organisations non-gouvernementales comme la FIACAT, cette campagne s�est d�abord voulue �cum�nique. Elle a mobilis� diverses autres religions avec le pr�sident indon�sien musulman Wahid, des shinto�stes japonais et des bouddhistes cor�ens, l�Union des communaut�s juives d�Italie... et a b�n�fici� aussi du soutien de personnalit�s de tous horizons politiques. Cette solidarit� entre les repr�sentants politiques et les repr�sentants des diff�rentes �glises ou confessions est un signe optimiste et montre qu�il est possible d��uvrer ensemble pour l�abolition de la peine de mort au niveau mondial.
CONCLUSION
En d�finitive, l'abolition est un choix moral. Il ne faut donc l'assortir d'aucune restriction ni d'aucune r�serve. Quant aux propositions de maintien de la peine de mort au regard de la qualit� des victimes, notamment au regard de leur faiblesse particuli�re ou des risques plus grands qu'elles encourent, elles m�connaissent une �vidence : toutes les victimes sont pitoyables et toutes appellent la m�me compassion. Parce qu'aucun homme n'est totalement responsable, parce qu'aucune justice ne peut �tre absolument infaillible, la peine de mort est donc moralement inacceptable.
Pour tous les abolitionnistes, il est impossible de reconna�tre � la justice des hommes ce pouvoir de mort parce qu'ils savent qu'elle est faillible. Nous n'acceptons pas la survivance de la peine de mort et ce, partout dans le monde. Chaque ex�cution heurte nos consciences, chaque mise � mort mutile notre humanit�. Nous devons r�affirmer avec force notre refus de la peine de mort, le caract�re inacceptable qu'elle rev�t � nos yeux.
Cela implique, bien s�r, que l'on en termine avec la peine de mort mais aussi que l'on s'interroge sur ces autres peines d'�limination que sont les peines � perp�tuit�, inflig�es en substitution de la peine de mort.
Le monde a proclam� les droits de l'homme, leur universalit� et leur indivisibilit�. L'enjeu est bien de restituer � chacun ses droits au sein de la communaut� humaine. La soci�t� doit �tre b�tie sur des valeurs diff�rentes de celles qu'elle condamne, et la premi�re de ces valeurs est le respect de la personne humaine, de la vie et de son int�grit�.
Le combat contre la peine de mort n'est pas enferm� dans des fronti�res nationales mais atteint l'universel. Il n'est pas limit� dans le temps mais se poursuivra aussi longtemps qu'un seul Etat continuera � tuer.
Promouvoir le maintien ou le retour de la peine de mort, c'est donc aller contre la pens�e des �glises. C'est aussi contraire � l'�vangile.
Pourquoi ? Parce qu�abolir la peine de mort, c'est affirmer, dans le monde entier, que les droits de l'homme font de l'humanit� un seul visage dont proc�de la voix qui interdit le meurtre. Parce qu�abolir la peine de mort, c�est proclamer que nous partageons tous la m�me humanit�. Parce qu�abolir la peine de mort, c�est r�affirmer la primaut� de la vie, c�est redire l�homme cr�� � l�image de Dieu.
En juin 2001, au cours du premier Congr�s mondial contre la peine de mort � Strasbourg (France), Mgr Richard Gallagher, Observateur permanent du Saint-Si�ge au Conseil de l�Europe, rappelle la position de Jean-Paul II, et conclut ainsi :
- � Il est encourageant de constater une prise de conscience de plus en plus vive du fait qu�il est temps d�abolir la peine de mort.
- [�] Plus que jamais il est n�cessaire que la dignit� inali�nable de la vie humaine soit universellement respect�e et reconnue dans sa valeur infinie. Le Saint-Si�ge s�est engag� � continuer de rechercher l�abolition de la peine capitale et de d�fendre la vie humaine � toutes les �tapes de son d�veloppement. C�est un d�fi face � toute affirmation d�une culture de mort.
- [�] L� o� la peine de mort est un signe de d�sespoir, la soci�t� civile est invit�e � affirmer sa foi en une justice qui sauve l�esp�rance menac�e par les maux dont notre monde est envahi. L�abolition universelle de la peine de mort r�affirmerait, de mani�re courageuse, la conviction que l�humanit� peut r�ussir � traiter le probl�me de la criminalit�, ainsi que notre refus de succomber au d�sespoir face � de telles forces. Cela ferait rena�tre une nouvelle esp�rance en notre propre humanit�. �.