Lundi 6 septembre 2004
Universit� Cattolica del Sacro Cuore, Cripta Aula Magna
C�te d�Ivoire: un espoir au-del� de la crise

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El Hadj Koudouss
Pr�sident du Conseil National Islamique de la C�te d�Ivoire
  

Perception

Dans leurs principes, les projets de soci�t� visent l�am�lioration des conditions de la vie des hommes. De ce fait, leurs conception et ex�cution tiennent n�cessairement compte du contexte fondamentalement pluriel de la soci�t�, aussi bien en Afrique que partout au monde : pluralit� de religions, pluralit� d�ethnies, pluralit� de choix id�ologiques, etc �

A ce titre, se trouve pos�e la question cruciale des r�gles de conduite au sein de la communaut� authentiquement politique. R�gles de conduite incarnant et traduisant les us, coutumes et traditions de tous les citoyens sans exclusion.

Toutefois, au regard de la composition h�t�rog�ne des communaut�s humaines, le r�glement consensuel, concert� et sans doute d�mocratique des conflits naturels mais l�gitimes opposant ces citoyens demeure, l�issue id�ale du vivre ensemble dans le respect mutuel de chacun.

C�est � ce niveau, que d�antan, pour faire r�gner l�harmonie dans nos soci�t�s en Afrique, les conflits se r�solvaient au prix d�interminables palabres, en recourant tr�s souvent � l�arbitraire royal du chef.

En Islam, cette gestion optimale de la soci�t� fonde sa discipline sur la consultation. C�est pourquoi, Allah conseille au Proph�te Muhammad (SAW), � la sourate III, Al Imran, Verset 159 : � � Consulte-les � propos des affaires ; puis une fois que tu t�es d�cid�, confie-toi donc � Allah. Allah aime, en v�rit�, ceux qui lui font confiance. �

Cependant, en prenant pour pr�texte cet id�al, des acteurs sociaux ont pu user d�artifices et continuent de le faire pour opposer les valeurs, en activant ou en se servant d�antagonismes et de choc des ignorances.

Ce contexte de confrontation st�rile des religions et cultures a souvent fait le lit � la qu�te � peine voil�e d�une certaine h�g�monie culturelle, sociale ou �conomique. L�ampleur des cons�quences macabres d�une telle ambiance reste inquantifiable et marquera � jamais l�histoire de l�humanit� : New York le 11 septembre 2001, l�invasion am�ricaine en Irak, l�attentat de Madrid, le conflit Isra�lo-palestinien, etc.

A-t-on besoin d�exterminer des populations pour leur faire accepter son id�al de gestion sociale surtout qu�elles sont d�j� durement �prouv�es par la paup�risation, les stress, la crise de foi et diverses pand�mies ? En ne prenant pour finalit�s que la personne humaine et son �panouissement multidimensionnel, l�humanisme, fut-il nouveau, doit �viter de s�exprimer dans la destruction.

Ce sont autant de valeurs dont la connaissance et la volont� de r�alisation inspirent et guident les actions des Imams de notre pays, depuis que ceux-ci ont d�cid� de prendre une part plus accrue � l��dification de la C�te d�Ivoire moderne. Un Etat de cr�ation coloniale, o� seules des lois r�publicaines incarnant les r�alit�s de toutes les populations, permettraient aux singularit�s des groupes ethniques, culturels et religieux de cohabiter plut�t que de s�opposer, de se renforcer plut�t que de se d�truire. Ce d�frichement du chemin vers la paix, donc pour l�av�nement d�une nation prosp�re, d�passe d�sormais le cadre national des r�glements de conflits, pour �tre d�battu, � l��chelle mondiale.

A cet effet, le Conseil National Islamique ne cessera d��tre reconnaissant � la communaut� catholique de Sant�Egidio qui ne m�nage aucun effort depuis des ann�es, pour aider l�humanit� en g�n�ral et la C�te d�Ivoire en particulier, � retrouver la paix.

Aussi, apr�s les rencontres mondiales de Barcelone, Palerme, Aachen, la communaut� catholique de Sant�Egidio nous donne t-elle l�occasion , ici � Milan, de communiquer notre vison du chemin vers la paix en C�te d�Ivoire, comme les musulmans de ce pays l�analysent.

Face � cet ar�opage de leaders religieux et repr�sentants du monde de la culture et de la politique. Incha�Allah, nous nous essaierons en articulant notre intervention autour des points suivants :

1. La situation sociopolitique de la C�te d�Ivoire.

2. Les contributions du Conseil National Islamique � la recherche de la paix.

3. Les obstacles artificiels ou r�els dress�s sur le chemin de la paix.

Eminences Messieurs les dignitaires Religieux,

Excellences Mesdames et Messieurs repr�sentants du monde de la culture et de la politique.

Toutes et tous, en vos rangs et classes

I- APER�U DE LA SITUATION CULTURELLE, SOCIALE ET POLITIQUE DE LA COTE D�IVOIRE

Ind�pendante depuis le 07 Ao�t 1960, la R�publique de C�te d�Ivoire est un pays d�immigration ou l�Etat, selon les sociologues, a pr�c�d� la nation. Elle est peupl�e de 15 366 672 habitants, d�apr�s les premiers r�sultats d�finitifs du recensement g�n�ral de la population et de l�habitat, r�alis�s en 1998 et r��dit�s en janvier 2001.

Cette population compos�e de nationaux r�partis en cinq (5) grands groupes culturels et ethniques (Akan 42,1 %, volta�que ou Gur 17,6%, Mand� du Nord 16,5% Krou 11%, Mand� du Sud 10%), est estim�e � 11 366 625 �mes y compris 88 714 naturalis�s 0,8% des nationaux et 33 163 impr�cis. A elle, s�ajoute une population �trang�re de 4 000 047 habitants, soit 26 % de la population, venus de tous les horizons.

La population ivoirienne, toutes nationalit�s confondues, se r�clame de plusieurs religions : Islam, Christianisme, Bouddhisme, Foi baha�ie, Animisme, etc, tant en milieu urbain qu�en zone rurale.

A ce propos, les m�mes donn�es officielles r�v�lent que 20,8% d�ivoiriens et 15,5 % d��trangers se r�clament catholiques, 8,2 % d�ivoiriens et 2,2% d��trangers se r�clament protestants, 1,6 % d�ivoiriens et 00,3 % d��trangers se r�clament harristes, 3,4 % d�ivoiriens et 2,2 % d��trangers se r�clament d�autres religions chr�tiennes, 27,4 % d�ivoiriens et 70,5 % d��trangers se r�clament musulmans, 15,4 % d�ivoiriens et 2,1% d��trangers se r�clament animistes, 1,9% d�ivoiriens et 1,1 % d��trangers se r�clament d�autres religions, 20,7 % d�ivoiriens et 5,4 % d��trangers se disent sans religion, enfin 00,6 % d�ivoiriens et 00,8 % d��trangers n�ont pu s�identifier � une religion.

Telle se pr�sente la C�te d�Ivoire, dans sa splendide pluralit� culturelle, ethnique et religieuse. A l�observer, l�h�t�rog�n�it� de ses structures sociales semble faire de la population ivoirienne, le raccourci de l�humanit� � laquelle Allah s�adresse au verset 13 de la sourate 49, Al Hujur�t (les appartements) � O hommes ! Nous vous avons cr��s d�un m�le et d�une femelle, et nous avons fait de vous des Nations et des Tribus, afin que vous vous connaissiez mutuellement. Le plus noble d�entre vous aupr�s d�Allah est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand Connaisseur �.

En effet, peut-on �tre si composite, avec autant de r�seaux d�affinit�s et de syst�mes de client�les personnalis�es, sans envisager la r�alisation de la v�ritable nation ivoirienne ? Autrement dit, sans passer de l��tat de nature � l�Etat de droit qui garantisse et limite notre libert� et nos droits ?

Face � ce qui ressemble � la d�mission des autres membres de la soci�t� civile, ce devoir civique para�t rest� au gr� des seuls acteurs politiques regroup�s en plus de cent (100) formations politiques. R�sultats : en quarante quatre (44) ann�es de souverainet�, les leaders politiques ivoiriens ont r�duit la vie quotidienne des populations de plus en plus �prouv�es par la pauvret� et la pand�mie du SIDA, en intrigues politiciennes � vis�es uniquement �lectoralistes.

Cette situation de mauvaise gestion politique, longtemps d�nonc�e par les Imams, demeure, de l�avis g�n�ral, les causes profondes de la crise que vit la C�te d�Ivoire. D�abord, latente en p�riode coloniale puis aux premi�res ann�es de l�ind�pendance, la situation de mauvaise gestion politique se r�v�le aujourd�hui dans toute sa laideur en C�te d�Ivoire.

Avant l�ind�pendance, les colonisateurs arriv�s chez nous avec la bible en poche, jugeront : � les populations n�gres, particuli�rement incapables, selon eux, de se gouverner elles-m�mes, livr�es � toutes les atrocit�s d�un f�tichisme stupide ou exploit�es par l�islamisme corrupteur et cruel, ont tout int�r�t � se voir soumises aux peuples chr�tiens� � in la terre illustr�e, �dition Mame et Poussielgue, 1907. Dans cette m�me veine, Monseigneur Lef�bre, d�l�gu� apostolique � Dakar, affirme dans Ecclesia n�46 janvier 1953 : � ou l�Afrique suivra ses aspirations profondes de simplicit�, d�honn�tet�, de religion et elle se fera catholique, ou sous les dehors religieux, elle se confirmera dans ses vices de polygamie, de domination du faible, de superstition, et elle s�adonnera � l�Islam. �

Contrairement � ce pros�lytisme haineux, F�lix Houphou�t Boigny aux �lections � l�Assembl�e l�gislative, au scrutin du 12 avril 1959, se mettra pour la premi�re circonscription, � la t�te de la liste d�Union pour le D�veloppement Economique et Social de la C�te d�Ivoire, compos�e de vingt et un (21) membres dont plus de douze (12) �taient musulmans : Houphou�t Boigny F�lix, Delafosse Jean, Mamadou Coulibaly, Borg Charles, G�mon Jean, Dramane Coulibaly, Tidiane Dem, Gaoussou Soumahoro, Massieye Fran�ois, Kacou Alcide, Yah Bamba, Moussa K�n�, Gbon Coulibaly, Karim Ouattara, Lamine Fadiga, Bonjour Pierre, Guirandou N�Diaye, Mamery Cherif, Lemissa Dosso, Namb�lessini Kon�. Une �quipe multiconfessionnelle, aux antipodes de l�atmosph�re des �lections pr�sidentielles d�Octobre 2000, o� sans �tre choisis, semble-t-il, sur la base de l�appartenance religieuse, les cinq (5) candidats retenus �taient tous chr�tiens originaires de l�Ouest et du Sud de la C�te d�Ivoire. Le slogan se disait : � la victoire de J�sus sur Mahomet � Dixit l�ancien Maire de la commune de Cocody, commune r�put�e aujourd�hui tr�s � chr�tienne �, ancien Maire promu ministre de l�int�gration africaine au titre de son parti politique, dans le gouvernement de r�conciliation depuis janvier 2003.

Sans exempter les premiers gouvernants de reproches, des faits d�injustice flagrante peuvent �tre cit�s � leur passif :

- Le d�cret n�66-123 du 31 Mars 1966, relatif � l�organisation de l�Enseignement religieux dans les �tablissements scolaires dont l�article 6 restreint ses dispositions aux seuls cultes catholique et protestant.

- Dans l�organisation de l�espace m�diatique priv�, pendant que les pouvoirs publics ont attribu� plus d�une vingtaine de fr�quences � la Communaut� Chr�tienne, la Communaut� Musulmane n�en a qu�une seule, depuis 1999, apr�s des tractations.

- Le caract�re officiel que les chefs d�Etat successifs accordent aux f�tes chr�tiennes a fini par faire croire aux populations ivoiriennes que le christianisme est la religion de l�Etat.

Bref, bien que proclamant la la�cit� � son article 30, des constitutionnalistes nous ont appris que la constitution de la C�te d�Ivoire, r�dig�e pr�cipitamment et vot�e exp�ditivement dans l��pouvante de la transition militaro-civile de l�An 2000, reste, � l�instar d�autres lois ivoiriennes, fortement marqu�e par certaines normes et valeurs du magist�re de l�Eglise : les jours f�ri�s, le r�gime matrimonial l�gal, l�implication providentielle de l�Etat dans les secteurs de l��ducation, de la sant�, de construction et d�entretien des �difices religieux, etc.

C�est certainement, l�observation de cette situation d�injustice qui a fait penser � certains amis de notre pays, que la guerre que vit la C�te d�Ivoire depuis le 19 septembre 2002, �tait une guerre opposant les musulmans du Nord aux chr�tiens du Sud. Une sorte de vengeance.

Avant eux, la presse �crite locale avait qualifi� le premier gouvernement militaro-civile du 04 janvier 2000, de revanche du Nord sur le Sud, des musulmans sur les chr�tiens o�, selon le quotidien � Notre Voie � du Front Populaire ivoirien, parmi vingt et un (21) ministres, Sept (7) �taient � Dioula � (ethnie du Mand� du Nord). Plus tard, en d�cembre 2000, le quotidien le � Patriote � proche du Rassemblement des R�publicains publiera � sa manchette, la carte de la C�te d�Ivoire divis�e en deux parties ; une partie Nord, o� suite � un boycott il n�y a pas eu d��lection, et une partie Sud qui avait pu voter ses parlementaires.

A l�issue de ces �lections pr�sidentielle d�Octobre 2000 et l�gislatives de d�cembre 2000, des vandales, pyromanes, appuy�s d��l�ments des forces de l�ordre de d�fense et de s�curit� mu�s en milices ethniques, ont profan� nos symboles religieux, en incendiant les mosqu�es et les corans, et en tirant � balles r�elles sur des Imams et dirigeants de la communaut�, blessant les plus chanceux et tuant ceux qui devaient �tre rappel�s � Allah. C��tait en r�action � des marches de protestations suites aux �lections d�octobre 2000, marches organis�es par des militants du Rassemblement des R�publicains dont le leader est musulman.

Cet aper�u descriptif de la situation nous a paru utile, pour rappeler � la communaut� internationale que la science d�une chose n�implique pas sa vision imm�diate. Autrement dit, le rapport sous lequel on voit les choses n�est pas n�cessairement le m�me sous lequel on les conna�t. Or, conna�tre est une chose, r�aliser ce qui est connu comme possible et r�alisable, le faire exister maintenant parmi les hommes, les cit�s et les nations est une autre chose.

C�est pourquoi, en plus de cette description succincte de la connaissance pratique ou de la connaissance des choses pratiques, le conseil National Islamique vous saurait gr� d�appr�cier sa contribution � la r�alisation de la coh�sion dans la soci�t� ivoirienne. Dans cette exaltante besogne, plusieurs musulmans dont de nombreux Imams ont pay� de leur vie. Que leur rappel �vident � Allah serve � la r�conciliation des vivants.

II- CONTRIBUTION DU CONSEIL NATIONAL ISLAMIQUE (CNI) A LA RECHERCHE DE LA PAIX PERPETUELLE EN COTE D�IVOIRE

Regroup�s au sein du Conseil Sup�rieur des Imams (COSIM), les Imams de C�te d�Ivoire ont cr�� le Conseil National Islamique (CNI) pour maximiser l�organisation de la Communaut� Musulmane, donc contribuer � la gestion de la soci�t� ivoirienne

Dans une relative atmosph�re de libert� de conscience consign�e dans notre constitution, r�affirm�e par le Pr�sident Houphou�t Boigny en Avril 1990, les musulmans r�unis � la grande mosqu�e d�Abidjan Adjam� ont �t� emp�ch�s de cr�er le Conseil National Islamique le 28 Novembre 1992, par des �l�ments des forces de d�fense et de s�curit� pour des raisons encore ignor�es de nous, douze (12) ans apr�s.

Plus tard, le 09 janvier 1993, au m�me endroit, apr�s plusieurs d�marches de bons offices, le Conseil National Islamique na�tra. Le Conseil National Islamique est une organisation confessionnelle f�d�rale comprenant quarante cinq (45) communaut�s et huit (8) associations nationales diss�min�es sur l��tendue du territoire ivoirien. Conform�ment � ses finalit�s, le Conseil National Islamique (CNI) s�est toujours investi dans les pr�occupations d�int�r�t national pour pr�venir les crises sociales et le cas �ch�ant, les g�rer.

A ce titre, depuis sa douloureuse naissance, le CNI a mis en garde :

� Le d�funt Pr�sident Houphou�t Boigny, en lui rappelant la tradition musulmane selon laquelle � un pays peut �tre prosp�re dans la m�cr�ance, mais jamais dans l�injustice �.

� Le pr�sident Henri Konan BEDIE contre les proc�s en sorcellerie et les d�lits de faci�s et de patronyme dont il se faisait le parrain. Quand sa trouvaille l�galis�e, l�ivoirit� inoculait dans la mentalit� collective la conjonction ; Musulman �gale militant du Rassemblement des R�publicains �gale Dioula �gale �trangers, le CNI lui a rappel� qu�une loi pouvait �tre mauvaise, � l�image de celles qui instituaient l�apartheid en Afrique du sud et la s�gr�gation raciale en Am�rique.

� Le G�n�ral Robert GUEI, en attirant son attention en janvier 2000, que la C�te d�Ivoire pluriconfessionnelle et pluriethnique n�appartient ni � une r�gion, ni a une religion et que personne n�accepterait � l�avenir d��tre davantage exclu ou humili�,

� En juillet 2000, prenant � t�moin l�histoire, l�opinion nationale et internationale, en d�non�ant, apr�s consultations des juristes, les insuffisances de la nouvelle loi constitutionnelle � soumettre � l�adoption du peuple ivoirien par scrutin r�f�rendaire.

� Toutes les organisations syndicales, politiques et de la soci�t� civile en vue d��uvrer pour faire des consultations �lectorales g�n�rales de la fin de l�ann�e 2000, des �lections ouvertes � tous les acteurs politiques et transparentes, donc aux r�sultats incontestables, en octobre 2000, en signifiant par �crits aux chancelleries accr�dit�es en C�te d�Ivoire, la crainte des Imams face � un g�nocide imminent mena�ant la communaut� musulmane. Au m�me moment, quelque dignitaire d�une autre religion soutenait que cela ne se passait que dans nos esprits. Ainsi, il oeuvrait pour le retrait de certaines candidatures � l��lection pr�sidentielle. Les conflits �lectoraux d�octobre 2000, similaires � un ethnocide planifi�, ne nous ont malheureusement pas donn� tort.

A l�issue de ces conflits �lectoraux de l�an 2000, le CNI a sollicit� des sanctions contre tous les auteurs de crimes, de violences et autres exactions.

En plus de ces mises en garde � l�attention d�acteurs sociaux rest�s la t�te enfouie sous le sable, le Conseil National Islamique, en partenariat avec d�autres confessions religieuses et organisations non gouvernementales, a entrepris d�autres actions.

� Le 08 d�cembre 2000, en lan�ant au nom de la communaut� religieuse nationale r�unie � la cath�drale Saint Paul d�Abidjan Plateau, un appel � l�apaisement, � deux (2) jours des �lections l�gislatives annon�ant tous les dangers, apr�s les tueries d�Octobre 2000. Au m�me moment, des dignitaires d�autres religions distribuaient des tracts faisant �tat de la d�couverte de sacs d�armes dans des mosqu�es, alors que des Imams et leurs fid�les �taient d�tenus sans raisons � l��cole de Police o� ils �taient tortur�s et humili�s, c��tait pendant le je�ne musulman.

� Le lundi 11 juin 2001, en conseillant au Pr�sident Gbagbo, � qu�on peut transcender la vision juridique commune de la loi sans nier sa validit� ni son utilit� �, le CNI s�exprimait � cette occasion, au nom du Conseil Sup�rieur des Imams (COSIM), du Front de la Oummat Islamique (FOI), de la Conf�d�ration Islamique de D�veloppement de C�te d�Ivoire (CID-CI), toutes, des organisations musulmanes nationales.

� En octobre 2001, pendant le Forum de la R�conciliation Nationale, le CNI rappelaIt que malheureusement, l�impunit� commandait de plus en plus la conduite de la plupart des ivoiriens proches du pouvoir. Une foire d�empoignades verbales st�riles, sans issue.

� Depuis Novembre 2002, au sein du collectif de la soci�t� civile pour la paix, dont sont aussi membres des organisations non gouvernementales de d�fense de droits de l�homme et de promotion de la d�mocratie, en plus de confessions religieuses chr�tiennes, le Conseil National Islamique fait campagne � travers la C�te d�Ivoire, afin que la guerre militaro politique du 19 septembre 2002 ne d�g�n�re en conflit ethnique ou religieux.

� Le 09 janvier 2003, moins d�une semaine apr�s l�assassinat de l�Imam SAMASSI Mahmoud, dont les meurtriers restent toujours inconnus, le Forum National des Confessions Religieuses dont le CNI est membre, a d�cr�t� trois (3) jours de je�ne ponctu�s par une journ�e interconfessionnelle de pri�re pour la paix, malgr� la douleur de la perte tragique, le CNI a particip� � toutes ces c�r�monies.

Bien que nombreuses, La physionomie actuelle de la soci�t� ivoirienne d�montre que, ces actions et d�autres men�es par de bonnes volont�s n�ont pas produit les r�sultats attendus.

C�est pourquoi, conscient que l��chec, m�me partiel, n�est que l�envers du succ�s, le Conseil National Islamique pers�v�re dans sa qu�te effr�n�e de la paix v�ritable, conform�ment � la fiert� de l�Islam qui enseigne � oh les croyants, cherchez secours dans l�endurance et la pri�re. Car Allah est avec ceux qui sont endurants � Coran, Sourate II, Al Baqarat, la g�nisse, verset 153.

Et ne pouvant savoir � quelle distance se trouve la coh�sion sociale qui peut �tre tr�s proche alors qu�elle semble si lointaine, le Conseil National Islamique soutient fermement le projet d�une charte interconfessionnelle en C�te d�Ivoire dont l�adh�sion fera obligation � tous les croyants signataires, soit 86,83% de la population ivoirienne, de tenir compte dans leurs rapports quotidiens avec les autres, de la discipline de leur religion telle que la leur prescrivent son histoire et sa doctrine. Le forum national des confessions religieuses de C�te d�Ivoire, dont sont membres des organisations musulmanes, chr�tiennes, bouddhiques et de la foi baha�ie, le ma�tre d��uvre de ce projet, b�n�ficie du soutien du CNI. Qu�Allah l�y aide.

Excellences Mesdames et Messieurs,

Malgr� les revers et les d�tours qu�a pu emprunter la situation sociale d�l�t�re en C�te d�Ivoire, le Conseil National Islamique demeure optimiste et rappelle aux croyants sans distinction de religion que � le paradis est r�serv� aux vertueux qui font taire leur col�re et qui pardonnent aux hommes. Allah aime les c�urs g�n�reux � Sourate III, Al Imr�n, versets 133-134.

Malheureusement, le chemin vers la paix semble se diriger au sommet d�une colline d�obstacles artificiels ou r�els.

III- DES OBSTACLES ARTIFICIELS OU REELS A LA PAIX

EN COTE D�IVOIRE

A l�heure o� les fonds semblent bas et les ambitions politiques culminantes, le CNI invite les acteurs sociaux � la qui�tude face aux multiples emb�ches obstruant le chemin de la paix. Bien que nombreuses, celles-ci restent surmontables. Cependant, les moyens dont se servent les soci�t�s modernes pour franchir de telles difficult�s sont dans un �tat de d�liquescence avanc� en C�te d�Ivoire, en l�occurrence l��cole, les m�dias, la soci�t� civile et la communaut� des � croyants �, h�las.

L��cole en principe, centre privil�gi� du dispositif de construction de la nation, lieu de transcendance des singularit�s, demeure depuis plus d�une quinzaine d�ann�es, l�otage des politiques aux ambitions �lectoralistes. L��cole ivoirienne est devenue le laboratoire privil�gi� des th�ories funestes de violences physiques et verbales, l��gout collecteur des vices sociaux que nos enfants pr�f�rent emprunter pour se faire une place au soleil des barbaries.

Les m�dias publics ou priv�s ont contribu� � un taux tr�s �lev� � la d�t�rioration du tissu social.

Les m�dias publics, au lieu de se contenter d�informer objectivement, ont choisi d�endoctriner le contribuable, en ne lui servant que l�opinion des plus forts.

Les m�dias priv�s, en charge de proposer des solutions � la difficile question de la construction de la nation ivoirienne plurielle, ont pr�f�r� la d�sinformation et le sensationnel au d�triment de la formation id�ologique de leurs lecteurs et auditeurs.

La soci�t� civile, loin de se constituer en contre pouvoir, dernier recours des populations, devient le collectif des interfaces et succursales des familles politiques.

Au lieu de d�fendre les droits des hommes, au lieu de promouvoir la d�mocratie, de nombreux �l�ments de la galaxie des organisations non gouvernementales courent � la soupe offerte par les leaders politiques ivoiriens, jusqu�alors peu soucieux des conditions sociales �conomiques de plus en plus d�plorables des populations.

Dans la communaut� des � croyants �, estim�e � 86,83% de la population ivoirienne, les fid�les de religions diff�rentes s�opposent plus pour des questions politiques que liturgiques. Cela s�explique sans doute par le militantisme de certains de leurs guides qui, pour des pr�bendes, r�pondent au Conseil National Islamique quand celui-ci d�nonce les intrigues et man�uvres de leurs parrains, les leaders politiques.

Ces temps ci, une sorte de religieux factices occupent de plus en plus l�actualit� sociale en C�te d�Ivoire. Ces imposteurs, aux ordres de personnalit�s politiques et religieuses sapent chaque jour l��uvre de l�unit� interconfessionnelle. Le r�sultat palpable de cette sale besogne fait du paysage plurireligieux de la C�te d�Ivoire, une union de fa�ade o� l�indiff�rence des uns aux malheurs des autres devient la norme, dans une logique d�offensives divisionnistes planifi�es par des mains occultes.

EN CONCLUSION

Au moment o� notre pays semble s��loigner de l�apocalypse qu�une g�n�ration de conscience endormie lui pr�parait, la communaut� internationale l�accompagne, en l�aidant � rectifier les tares av�r�es ou contestables de la soci�t� ivoirienne o� l�avait plong�e la politique � courte vue.

Aussi, certaines de nos lois encore conflictuelles, heureusement peu nombreuses, sont-elles entrain d��tre revues et corrig�es. Elles demeurent perfectibles dans le but de faire de la C�te d�Ivoire, un Etat de droit.

Excellence Mesdames et Messieurs,

La C�te d�Ivoire, notre pays ne peut se constituer en antith�se de l�ordre politique mondial consensuel. C�est pourquoi, nous renouvelons � la communaut� internationale, toute la gratitude des musulmans pour le sacrifice qu�elle continue de consentir � l�av�nement de la paix dans la soci�t� ivoirienne d�figur�e. Nous continuons de prier conform�ment aux injonctions divines.

Mais sans c�der au fatalisme, nous profitons de la rencontre mondiale de la communaut� catholique de Sant�Egidio, afin d�attirer l�attention sur notre mentalit� collective de plus en plus dompt�e par les mod�les d�impunit� que l�histoire r�cente de notre pays nous sert. Faut-il le rappeler, ce qui paraissait impuni ; tuer, exterminer, an�antir est de nos jours rattrap� par l�histoire de l�humanit� depuis le proc�s de Nuremberg en 1945. L�opinion publique r�clame la punition des coupables, que ce soit pour :

� Les vingt millions d�africains victimes de la traite des noirs avec ceux tu�s dans les chasses et en mer,

� L�extermination des dix mille (10.000) perses et arabes par Alexandre le Grand,

� Le massacre, � partir de 1904, de soixante mille (60.000) Hereros de la Namibie par les colons Allemands dont le p�re du mar�chal Goering,

� La mise � mort d�un million deux cent mille Armeniens de 1915 � 1916,

� L�extermination par le III� Reich (1933-1945) de plus de six millions de juifs europ�ens,

� L�extermination des deux cent mille (200.000) habitants du Timor Oriental par les forces arm�es Indon�siennes

� Le massacre de deux millions de Cambodgiens par le r�gime des Khmers rouges,

� Les nettoyages ethniques et religieux dans les Balkans,

� La saison des machettes au Rwanda.

D�sormais, le Tribunal P�nal International est institu�. Il l�est pour ne laisser aucun bourreau �chapper � son ch�timent et au verdict de l�histoire.

Les dignitaires religieux doivent occuper la place qui leur revient dans la soci�t� ivoirienne. Ce faisant, ils ont le devoir de lutter contre ce qui divise les populations en commen�ant par ce qui divise les hommes politiques. Car ce qui divise les hommes politiques, divise les populations, et malheureusement les religieux eux-m�mes.

Pour finir, le Conseil National Islamique reste optimiste. Son espoir pour l�av�nement imminent de la paix en C�te d�Ivoire se fonde sur les enseignements de l�Islam, notamment ces propos divins : � Ne faiblissez pas, ne vous affligez pas � si vous souffrez d�une blessure, pareille blessure a aussi atteint d�autres �Nous faisons alterner les jours fastes et n�fastes parmi les hommes, afin qu�Allah sache ceux qui ont cru�. � Sourate III, Al Imran, verset 139-140.

Qu�Allah r�pande sa Paix sur l�humanit�

Je vous remercie